Reconstruction en Haïti

Cette page vous offre divers textes et photos en lien avec l’implication du diocèse de Gaspé dans les efforts de reconstruction et d’aide au peuple d’Haïti, suite aux tragiques évènements survenus en janvier 2010.

Lien vers des informations additionnelles concernant l’hôpital de Léogâne:

http://www.leger.org/2012/10/haiti-lhopital-cardinal-leger-un-vrai-hopital/

L’hôpital Cardinal-Léger enfin reconstruit !

L’hôpital Cardinal-Léger dans lequel œuvrent les Soeurs Missionnaires du Christ-Roi, à Signeneau, en banlieue de Léogâne, avait été lourdement endommagé par le séisme de 2010. Il vient tout juste d’être inauguré le 19 janvier 2012, et nous vous présentons quelques photos montrant le bâtiment et la cérémonie d’inauguration.

Extrait d’un compte rendu préparé par l’administration Provinciale de Port-au-Prince, des Sœurs missionnaires du Christ-Roi

 

Le 18 janvier 2012 se tenait à Sigueneau l’inauguration de    l’hôpital réhabilité.  En solidarité, les Sœurs Missionnaires du Christ-Roi de Baron, Caveau, La Montagne et L’Estère se sont déplacées.

 

Mgr Guire Poulard a rehaussé de sa présence la cérémonie de même que l’Ambassadeur du Canada, le Directeur général du Ministère de la santé publique et de la population, le Représentant du Ministère de la Planification et de la coopération externe, le député du lieu, le Représentant de l’ACDI en Haïti, les ingénieurs et autres autorités religieuses, civiles et policières. Après les discours de circonstance dont celui fort coloré et combien touchant de Mme Leriche, lépreuse guérie à HLC, Mgr Poulard a procédé à la bénédiction de l’établissement et de toutes les personnes présentes, spécialement le grand corps médical et le personnel de soutien. A suivi une visite des lieux, les invités ont pu apprécier la réussite de la restauration, la propreté et les jolies décorations.

 

Le partage d’un buffet habilement préparé par notre associée, Mme Maud Laurent est venu clore la journée. SS. Micheline Néjean, Tatienne Fallu et Mme Jocelyne Samedy ont droit à notre considération.

 

 

Voici un bref historique de l’Hôpital Cardinal Léger depuis ses débuts, après le séisme de 2010 et jusqu’à maintenant

           

Préparé par Sœur Neltide Néjean , m.c.r. , administratrice

Le 7 décembre 2011

 

En 1986, Fame Péréo de Montréal, ouvrait ici à Sigueneau l’Hôpital Cardinal Léger, spécifiquement réservé aux Lépreux. Nous étions et sommes encore le seul Hôpital qui reçoit et traite gratuitement les Lépreux. Depuis ce temps, 723 nouveaux cas de lèpre ont été hospitalisés dans notre établissement.

Non seulement nous soignons les Lépreux internes mais nous continuons chaque semaine à recevoir des externes qui ont des plaies appelées « mal perforant plantaire » lorsque ces plaies sont situées en dessous du pied. Aussi chez les Lépreux le processus de guérison est extrêmement lent, c’est pourquoi nous pouvons prendre des mois à traiter ces plaies en externe. Il n’est pas rare que nous sommes obligées d’amputer un doigt ou un orteil selon la nécessité évaluée par l’orthopédiste. Il arrive souvent que nous devons hospitaliser les lépreux avec des plaies devenues trop graves pour être soignées en externe. Et ces soins sont coûteux. L’orthopédiste intervient parfois pour des compressions de nerf ou de neurolyse.

Donc de 1986 à l’an 2000, notre Hôpital était réservé spécifiquement aux Lépreux. Mais depuis l’an 2000, l’O.M.S. (Organisation mondiale de la santé) a déclaré qu’il n’y avait plus de Lépreux sur la surface de la Terre. Alors les donateurs canadiens ont vite compris qu’ils ne donneraient plus de dons pour eux puisqu’il n’y avait plus de Lépreux selon l’OMS …. Avant cette déclaration nous ne dépassions pas plus de 12 nouveaux cas par année, mais ensuite avec le non dépistage nous avons atteint jusqu’à 29 nouveaux cas par année. Et sur ce beaucoup d’enfants, ce qui est bien pénible.

Que faire alors pour continuer de donner les soins gratuitement à ces pauvres malheureux atteints de la Lèpre de la société haïtienne ? Avec les autorités de Fame Péréo de Montréal nous avons donc décidé de nous autofinancer pour continuer ce service indispensable auprès des Lépreux.

Pour ce faire nous avons ouvert toutes grandes les portes de notre Hôpital avec tous les services ou presque. Nous avons fait appel à des spécialistes :

 

Dermatologues, Interniste, Gynécologue, Pédiatre, Chirurgien, Urologue, Orthopédiste, et Médecine générale, laboratoire et pharmacie. Nous faisons toutes sortes d’interventions chirurgicales, voire même des cas de prostatectomie, sténose du pylore, etc… Pour l’autofinancement nous sommes donc obligées de demander une somme mais minime pour les frais de consultation et vente de produit de pharmacie. Par ex., nous demandons 200 gourdes haïtiennes pour une consultation de médecin, quelle que soit sa spécialité. Alors qu’à Port-au-Prince on paye 1250 gourdes et plus pour ce même genre de consultation. Les gens viennent parfois de très loin pour venir se faire consulter ici, pour cette raison et aussi et surtout parce que nous avons d’excellents médecins, compétents, qui ne calculent pas leur peine.

Il arrive que le chirurgien vienne nous demander de baisser le tarif des prix pour une intervention car le patient se dit incapable de payer, lui-même est prêt à intervenir pour un prix très minime. Ce que nous faisons assez souvent.

Actuellement nous avons une patiente diabétique dans l’Hôpital, il y a deux ans elle avait pu payer son intervention mais maintenant elle est là depuis 15 jours à nos frais puisqu’elle est devenue indigente, elle reçoit deux fois par jour l’insuline et a dû avoir un drainage en dessous du pied.

Présentement nous hébergeons à l’Hôpital deux enfants lépreux avec un mauvais bulletin de santé, et dans la même famille la maman fait aussi la lèpre de même que leur grande sœur de 17 ans. Ces deux enfants passeront l’année ici, nous leur favorisons la fréquentation scolaire afin de ne pas trop les retarder dans leur développement humain et psychologique.

Nous sommes conscientes que la population apprécie nos services spécialisés car ici à l’Hôpital Cardinal Léger nous n’avons jamais de cas d’infection post­opératoire. De plus c’est avec beaucoup de cœur et d’humanité que nous traitons les patients. Ce sont les patients eux-mêmes qui témoignent ainsi et ils sont bien reconnaissants.

Nous avons un partenariat avec l’Hôpital Ste-Croix pour les interventions pour les cures d’hydrocèle pour la filariose. Et tout cela nous aide à fournir gratuitement des soins aux Lépreux mais aussi aux indigents qui en ont vraiment besoin.

 

Cependant, après le tremblement de terre nous étions indécises à savoir si nous allions continuer avec l’Hôpital Cardinal Léger… Avec le séisme, notre hôpital était devenu inopérationel et notre maison et résidence des bénévoles avaient été complètement détruites. C’est alors que les gens sont venus nous demander et ont insisté pour que nous continuions à consulter et à soigner les malades car ils avaient besoin d’un suivi et aussi ne pas attendre des heures devant les bureaux de consultation des ONG. De plus, nous sommes spécialisés en dermatologie, il manquait ce service essentiel que les ONG n’avaient pas.

C’est alors que l’Ambassade du Canada nous a aidées en partie à construire l’hôpital de campagne et l’autre partie a été assumée par les fonds de notre Hôpital.

Ensuite CECI du Canada nous a aidées avec du matériel médical, de la nourriture achetée sur place et une partie du salaire du personnel pour plusieurs mois. Quelle bénédiction !

Jusqu’à maintenant nous avons le support de PACDI pour la restauration de notre Hôpital.

L’avenir de notre Hôpital pour les années 2012 et 2013 demeure fragile.

Nous sommes conscientes de l’importance de l’aide qui nous vient de l’extérieur, mais nous sommes également conscientes que cette aide peut cesser à tout moment et aussi que si on ne compte que sur l’aide extérieure cela entraîne de la dépendance et c’est très nocif. Le peu que nous recevons quotidiennement à la clinique externe et des différents services est une participation active de la population haïtienne qui nous permet d’assurer la continuité du travail. Pendant 10 ans nous avons prodigué des soins aux démunis sans recevoir de l’aide de l’étranger.

Comme c’est le Bon Dieu qui nous confie la Mission de soigner les plus démunis, les Lépreux, mais sans abandonner les autres nous faisons pleinement confiance à la Divine Providence en sachant que le Seigneur va continuer dc nous aider à travers la générosité des gens que nous côtoyons.

Sr Neltide Néjean, m.c.r.

Amour et patience en Haïti

Andrée Mainville

Quel paradoxe ! Mais pourtant si réel ! Le 26 octobre 2011, nous arrivions à Port-au-Prince, toutes les deux animées du désir d’apporter une fois de plus notre contribution à ce pays qui tente à sa manière de renaître de ses cendres. En Haïti, une certaine forme de violence est toujours présente; nous allons donc privilégier les armes suivantes : la compassion, la patiente et surtout l’amour. Nous serons les ambassadrices et ceci à nos frais du projet « Soutien à l’Éducation en Haïti » lequel vise à supporter financièrement quatre écoles dont trois avec les Missionnaires du Christ-Roi et une quatrième avec les Sœurs St-Paul de Chartres, à Delmas. Andrée, membre de cette communauté, ira rejoindre ses compagnes à Delmas dans un premier temps.

 

À notre descente de l’avion, nous sommes conscientes que dès notre accueil par ces deux communautés religieuses, nous aurons à prendre chacune notre route pour nous retrouver le 9 novembre, date de notre retour au Québec, à Delmas chez les Sœurs St-Paul de Chartres. Voilà que notre expédition qui sera remplie d’imprévus débute puisque nous attendons 1 heure et demie exactement avant de pouvoir récupérer nos bagages. À la sortie de l’aéroport, de nouvelles structures prennent place timidement. Sans doute que beaucoup de débris ont été ramassés, cependant, à plusieurs endroits, il y a toujours des amoncellements de détritus, de pierre, et de ferraille. Un jeune adulte explore un dépotoir à ciel ouvert à la recherche d’un quelconque objet qui lui permettrait peut-être de survivre.

 

Présentement, dans ce pays, les conditions de vie ressemblent à ce qu’elles étaient avant le séisme avec plusieurs facteurs aggravants. Un article paru dans Le Nouvelliste du 29 octobre dernier faisait mention des chiffres suivants : 76 % de la population vivent avec 2 dollars américains et moins par jour et le pourcentage de ceux qui vivent dans l’extrême pauvreté avec un dollar par jour est de 56 %. À ces difficultés permanentes s’est ajouté le décès de plus de 230 000 personnes et plus de 300 000 autres, blessées physiquement et combien psychologiquement? Également est venue se greffer depuis le 19 octobre 2010, la disparition de plus de 6 000 personnes frappées par le choléra, maladie qui perdure encore aujourd’hui. Présentement des camps de sinistrés temporaires sont devenus quasi permanents, même devant les ruines du palais présidentiel. Des orphelins, des veuves, des familles viennent prier leurs défunts toujours sous les décombres.

 

Malgré ces difficultés toujours omniprésentes, nous nous sommes laissé toucher par la beauté de ce peuple, par l’espérance qui habite leur cœur stigmatisé. Comme Saint Augustin le dit si bien, « Quand l’amour grandit en nous, la beauté grandit aussi ». Toutes les deux, nous avons vécu des moments émouvants empreints d’une grande compassion. Pour n’en nommer que quelques-uns, le plaisir de retrouver ceux qu’on aime, de prendre contact avec ce désir de survivre, d’accueillir tous ces jeunes enfants avec les yeux pleins d’étoiles, revêtus de leur petit costume aux couleurs joyeuses qui fait en sorte qu’il devient difficile d’identifier l’orphelin, l’esclave, l’abusé ! Cette belle jeunesse qui a tellement besoin d’une source d’espoir à laquelle s’abreuver devient notre leitmotiv et viendra continuer à nourrir notre projet de supporter ces 4 écoles que nous aidons financièrement. Dans chacune d’elle, un travail extraordinaire s’accomplit, ce qui ne peut nous laisser indifférentes. Les religieuses de ces deux communautés se surpassent quotidiennement dans l’amour et la fraternité.

 

De retour chez nous dans nos milieux de vie respectifs, nous sommes en mesure d’affirmer à toutes les personnes qui gravitent autour du projet humanitaire « Soutien à l’Éducation en Haïti» que la collaboration que nous apportons, si minime soit-elle lorsqu’on considère la situation actuelle en Haïti dans son ensemble, fait tout de même une différence. Les milieux que nous avons ciblés sont pleins d’espérance et c’est avec AMOUR ET PATIENCE que nous poursuivrons cette deuxième année de ce projet triennal.

 

Merci à tous ceux et celles qui interprètent avec bienveillance la lenteur de la reconstruction en Haïti, car l’amour du prochain se situe bien au-delà de ces apparences. Et si c’était la première règle de la vraie charité ?

Fraternellement,

Raymonde Arsenault, missionnaire laïque

Andrée Mainville, de la communauté des sœurs Saint-Paul de Chartres

Raymonde Arsenault