Célébration du dimanche

Lettre pastorale

Aux membres de l’Église présente en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine
et à toutes les personnes qui veillent sur cette Église

La célébration chrétienne du dimanche
en attente d’Eucharistie

Chers diocésains et diocésaines,
Chers collaborateurs et collaboratrices,

Introduction

1.      « L’Église vit de l’Eucharistie.  Cette vérité n’exprime pas seulement une expérience quotidienne de foi, mais elle comporte en synthèse le cœur du mystère de l’Église. Dans la joie, elle fait l’expérience, sous de multiples formes, de la continuelle réalisation de la promesse ‘ Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ’ (Mt 28, 20) ».  Ainsi s’exprime le pape Jean-Paul II dans les premiers mots de sa lettre encyclique du Jeudi saint de l’année 2003 (Ecclesia de Eucharistia, no 1).  Mais que faire le dimanche dans une communauté qui se retrouve dans l’impossibilité de célébrer l’Eucharistie ?  Je désire, dans cette lettre, tout en rappelant le sens du dimanche et l’importance de l’Eucharistie, donner quelques orientations relatives aux célébrations dominicales de la Parole.

Le sens du dimanche

2.      La foi au Christ ressuscité appelle les chrétiens et les chrétiennes à se rassembler comme des frères et des sœurs autour de la table du Seigneur. Depuis les origines de l’Église, le premier jour de la semaine, ils célèbrent ensemble la résurrection du Seigneur et attendent son retour. Ce premier jour en est venu à être appelé Dominica dies, le Jour du Seigneur, qui a donné naissance au mot français Dimanche. Des traces de ce rassemblement des disciples le premier jour de la semaine se retrouvent même dans l’Évangile alors que le Seigneur ressuscité apparaît à Marie-Madeleine, aux disciples d’Emmaüs et, à quelques occasions, aux apôtres réunis « le huitième jour », ce qui signifie, pour les Juifs, le lendemain du samedi.

3.      Ce rassemblement dominical des premiers chrétiens, après s’être tenu dans des maisons privées, est devenu de plus en plus un geste public au point que le dimanche des chrétiens a été décrété jour de repos officiel dans la plupart des pays de civilisation chrétienne. Même s’il en reste encore bien des traces, il faut reconnaître que le visage du dimanche a beaucoup changé chez nous depuis quelques décennies. Pour le plus grand nombre, il est devenu jour de congé, de loisirs et même de travail.

4.      Pourtant, la réalité d’un rassemblement visible de la communauté des disciples autour de Jésus ressuscité garde tout son sens. Comment tirer parti des profonds changements sociaux de notre époque sécularisée et pluraliste et continuer de bien marquer l’identité de la communauté chrétienne qui vit dans un lieu ?  Voilà un des défis auxquels sont confrontés les chrétiens et les chrétiennes d’aujourd’hui. 

5.      La foi ne se vit pas en solitaire. C’est comme des frères et des soeurs, tous enfants d’un même Dieu et Père, que nous avons été sauvés en Jésus et marqués par l’Esprit. C’est pourquoi le rassemblement de la communauté convoquée par Jésus ressuscité est essentiel pour la vie de l’Église. Il constitue aussi un témoignage visible de son existence pour les gens du dehors. Universellement, le rassemblement dominical marque la présence d’une communauté chrétienne, comme le respect du Sabbat indique l’existence de fidèles juifs et le Ramadan une présence musulmane. La lettre apostolique de Jean-Paul II Le Jour du Seigneur de 1998 décrit admirablement le sens du dimanche pour la conscience chrétienne.

6.      Réunis hebdomadairement dans la prière autour du Christ ressuscité, les disciples cherchent la volonté du Seigneur par l’écoute de sa Parole. Puis ils refont, sous la présidence d’un pasteur qui agit in persona Christi les gestes qui rendent présent son sacrifice : « Ceci est mon corps […] Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang […] faites cela en mémoire de moi » (1 Co 11, 24-25). L’Eucharistie est la source et le sommet de la vie chrétienne. Célébrer pleinement le dimanche, c’est célébrer l’Eucharistie.

La célébration dominicale de la Parole

7.      À défaut de pouvoir célébrer l’Eucharistie, la célébration dominicale de la Parole assure au mieux le rassemblement hebdomadaire des chrétiens et des chrétiennes et sauvegarde la tradition chrétienne du dimanche. Elle manifeste à un degré réel le visage de l’Église de Jésus en un lieu donné. À l’image des premiers disciples, les fidèles se laissent instruire par la Parole de Jésus qui enseignait sur la montagne, dans les synagogues ou encore dans le Temple. Ils méditent aussi les leçons des prophètes et les lettres des apôtres, ils prient et rendent grâce pour la présence vivante de Jésus au milieu d’eux, qui les accompagne et les envoie en mission :  « Allez donc !  De toutes les nations faites des disciples… ». (Mt 28, 19).

8.      Cette célébration est le plus souvent appelée Assemblée dominicale en attente de célébration eucharistique (ADACE), car elle est un rassemblement marqué par plusieurs attentes.  Attente de l’action eucharistique qui permet l’action de grâce au Père par le Christ, attente du partage du Corps et du Sang du Christ, attente d’un ministre ordonné.

9.      Lors d’une ADACE, la présence du Christ pascal n’est plus signifiée principalement par la forme sacramentelle du pain et du vin eucharistiés, ni par la présence du prêtre qui agit in persona Christi, mais par les autres modes que sont la Parole et l’assemblée elle-même qui révèlent le Corps du Christ.  La promesse du Seigneur se trouve réalisée : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux » (Mt 18, 20). Centrée sur la Parole de Dieu proclamée et partagée, et sur le don du Christ comme Parole de salut, l’ADACE nourrit le cœur et l’esprit et sanctifie toute la personne. Elle met en valeur le sacerdoce baptismal des disciples de Jésus et ses exigences de fraternité, de service et de partage.

10.  La célébration de l’Eucharistie intègre ces diverses formes de présence de Jésus, mais elle nous conduit jusqu’à l’action sacramentelle qui rend présents de façon toute particulière son Corps et son Sang.  Pour éviter que l’ADACE ne devienne le substitut de l’unique Eucharistie et pour qu’elle soit vraiment vécue en attente de la célébration eucharistique, il vaut mieux ne pas suivre de près le rituel de la messe. Par contre, cette forme de célébration peut devenir l’occasion de divers partages de la Parole et de formes de prière moins possibles dans une Eucharistie nécessairement plus ritualisée.

11.  Le partage de la communion à l’occasion d’une ADACE ne prend son sens que s’il est fait en lien avec la célébration eucharistique présidée ailleurs par le pasteur empêché d’être présent. La communauté s’unira aussi de cœur à la prière eucharistique dominicale de l’évêque qui, comme premier pasteur de l’Église locale, veille sur elle dans la prière et a le devoir de la maintenir dans la pureté de la foi. Il faut donc se garder de séparer la communion de la célébration de l’Eucharistie, car la communion est toujours le partage du pain de la famille convoquée par le Christ et rassemblée autour de son pasteur.

12.  La célébration d’ADACE soulève plusieurs enjeux dans nos communautés dont le plus important est qu’elles ne soient pas rassemblées, le dimanche, par l’Eucharistie.  Une catéchèse sérieuse et bien articulée est nécessaire pour sensibiliser les communautés à cette nouveauté qui découle d’une volonté de continuer à se rassembler visiblement comme disciples dans la situation de pauvreté de l’Église d’aujourd’hui.

Autres célébrations en semaine

13.  En semaine, dans chaque communauté où la célébration quotidienne de l’Eucharistie n’est plus possible, il serait heureux que des chrétiens et des chrétiennes, même en nombre réduit, se rassemblent régulièrement à l’église pour différentes formes de prière. Il n’y a rien de plus triste qu’une église fermée !  En plus d’être un moment de prière et de témoignage pour la population locale, ces rencontres peuvent devenir des lieux d’expérimentation et de formation des fidèles à différents types de prière communautaire.

14.  Si la forme de prière retenue, en semaine, est une célébration de la Parole, on évitera de l’appeler ADACE pour garder son caractère propre à la célébration dominicale de la Parole ; c’est pourquoi on n’y distribuera pas la communion.  Le Catéchisme de l’Église catholique donne une observation éclairante à ce sujet : « Par l’approfondissement de la foi en la présence réelle du Christ dans son Eucharistie, l’Église a pris conscience du sens de l’adoration silencieuse du Seigneur présent sous les espèces eucharistiques » (no 1379).  Un temps d’adoration, avec ou sans exposition du saint Sacrement, s’intègre mieux dans un moment de prière ou une liturgie de la Parole sur semaine que la distribution de la communion en dehors de la messe.

Considérations pratiques

15.  Avant de décider de l’implantation des ADACE dans une communauté ou un secteur pastoral, il est bon que le Conseil pastoral du secteur fasse un réel discernement sur la meilleure manière de permettre aux fidèles de participer au rassemblement dominical tout en ne négligeant pas la primauté du rassemblement eucharistique.  On se posera des questions comme celles-ci :

–    Tenant compte de la population des différentes paroisses du secteur, de l’âge et de la condition physique des personnes, de même que des circonstances particulières comme les distances, les saisons, les festivités, avons-nous procédé à une répartition équitable et équilibrée des célébrations eucharistiques dominicales dans le secteur ?

–    Y a-t-il dans telle communauté un nombre suffisant de personnes qui justifient la tenue d’une ADACE ou vaudrait-il mieux que les fidèles d’une communauté soient invités à se joindre à l’Eucharistie célébrée dans une paroisse voisine du secteur ?

–    Lors de fêtes importantes, y aurait-il lieu de rassembler tous les fidèles du secteur pour une seule grande célébration ?

–    Avons-nous dans chaque communauté des personnes disponibles et bien préparées pour animer des ADACE ?

16.  Pour l’organisation des ADACE, on pourra aussi se préparer selon les critères suivants :

–    Plusieurs semaines à l’avance, on sensibilisera la communauté à l’importance de se rassembler le dimanche autour de la Parole de Dieu quand on ne peut célébrer l’Eucharistie.

–    L’ADACE est un geste de la communauté et non d’une personne. Elle sera organisée et dirigée par une équipe bien identifiée. Le pasteur prendra soin de présenter cette équipe à l’assemblée pour indiquer le sens communautaire et non individuel de son engagement.

–    Les acteurs n’utilisent pas les signes de la présidence de la communauté que sont le siège du président et l’autel, sauf pour y déposer les saintes espèces au moment du rite de la communion. On n’utilisera ni l’aube ni la prière eucharistique. Par contre, on donnera une valeur importante au Livre de la Parole de Dieu et à la Table de la Parole, l’ambon.

–    À moins de circonstances particulières très importantes, on ne célébrera pas, la même fin de semaine, une ADACE dans une église où il y a eu célébration de l’Eucharistie.  Dans ces situations, on en référera à l’évêque.

–    En aucun moment une ADACE ne sera organisée sous le seul prétexte d’une participation plus large des personnes laïques à l’animation de la communauté paroissiale.

–    Comme pour les célébrations eucharistiques, une ADACE peut se célébrer depuis la tombée du soleil (16h) le samedi jusqu’en fin de journée le dimanche.

Remarques complémentaires

17.  Devant le grand nombre de célébrations diverses les fins de semaine, tenant compte de l’âge et du petit nombre de prêtres et m’inspirant de l’expérience de quelques confrères évêques, je recommande aux prêtres de ne pas présider plus de trois célébrations eucharistiques dominicales la même fin de semaine.

18.  Nul n’est propriétaire de la Parole de Dieu ni de la liturgie de l’Église. On prendra donc soin de bien préparer la célébration en apportant une importance particulière à une juste compréhension de la Parole de Dieu, à l’humilité du témoignage relié à cette Parole, à la clarté du commentaire transmis, à l’intégration essentielle d’une prière de louange et à la mention du lien avec le pasteur absent et l’évêque. On priera aussi pour que le Seigneur suscite dans la communauté les ministres dont elle a besoin pour que tous ses membres puissent bien vivre leur vocation de disciples.

19.  Pour bien former et appuyer l’équipe responsable des ADACE, on aura recours aux personnes qui ont une formation théologique plus poussée comme les prêtres, les diacres, les agents et agentes de pastorale et autres personnes bien préparées. Les Services diocésains s’engagent à poursuivre les sessions de formation déjà organisées, à suggérer des documents et des ressources disponibles et à prévoir une formation permanente d’approfondissement de la Parole de Dieu.

Conclusion

20.  Vivre la communauté de disciples : voilà l’idéal recherché depuis les origines par les chrétiens et les chrétiennes.  Dans la situation missionnaire qu’est la nôtre, où l’Eucharistie risque de nous manquer, les fidèles doivent être conscients que l’ADACE est une richesse, car elle permet de vivre le rassemblement dominical.  Véritable action liturgique, elle est aussi un lieu privilégié de la présence du Christ et l’occasion de découvrir de nouveaux charismes dans la communauté. Elle est une célébration en attente, mais elle n’est pas une célébration au rabais.  Les personnes mandatées pour diriger une ADACE doivent donc prendre conscience de la grandeur du rôle qui leur est demandé. Elles doivent s’y préparer avec le plus grand soin et accomplir leur service en communion de cœur et d’esprit avec leur pasteur propre et le premier pasteur de l’Église diocésaine.

Que l’Esprit nous accompagne pour que, dans l’Église présente en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, chaque ADACE soit vécue de façon à donner le goût d’un prochain rassemblement autour de l’Eucharistie, l’action par excellence de remerciement, de louange et de joie de toute la communauté des disciples de Jésus.  Voilà le souhait le plus sincère que je formule en vous bénissant de tout cœur.

Donné à Gaspé le 21 novembre 2004, en la fête du Christ, Roi de l’univers.

†Jean Gagnon
Évêque de Gaspé

 Julien Leblanc, diacre
Chancelier