Et leurs yeux s’ouvrirent

   Lettre pastorale

 

« ALORS, LEURS YEUX S’OUVRIRENT…»

 

Lettre pastorale

annonçant la thématique

des années pastorales 2006-2009

 

 

Chers diocésains et diocésaines,

 

Le récit des disciples d’Emmaüs a toujours été fort inspirant pour les générations de chrétiens et chrétiennes qui ont suivi. Très attristés des événements de la passion de Jésus dont ils avaient été témoins, ces deux disciples pensaient vraiment que tout était fini des espoirs qu’ils avaient mis dans le prophète Jésus. Il avait fait surgir beaucoup d’espérance dans leur vie de juifs désillusionnés par les conditions de vie difficile qui se vivaient dans leur pays. Mais les terribles événements de la fin de semaine, dont ils venaient d’être témoins, leur indiquaient que tout était bien terminé.

 

Ces disciples nous ressemblent à bien des points de vue. Nous vivons dans un monde qui donne si souvent l’impression d’avoir perdu le sens de Dieu. Dans nos sociétés, les communicateurs des mass médias sont devenus les maîtres à penser d’aujourd’hui. Chacun, chacune y va de son conseil et de sa recette. Le mot à l’honneur est la consommation et le divertissement. Puisque la vie est si courte, vaut mieux en profiter !  Et comme nous ne sommes pas sûrs de rien, et surtout pas de l’avenir, profitons du temps présent ! L’heure est aux humoristes, aux vedettes de sports ou de la télévision payés trop souvent à des prix scandaleux dans un monde encore rempli de pauvreté.

 

Mais la vie se résume-t-elle à ces mauvaises nouvelles ? « De quoi vous entreteniez-vous en marchant, pour que vous soyez si tristes ? » demande Jésus aux deux personnes déçues qui marchaient vers Emmaüs. De quoi s’entretiennent beaucoup de chrétiens et de chrétiennes d’aujourd’hui ? Leur témoignage est-il celui de personnes tristes ou heureuses ?

 

Comme l’écrivait le regretté Paul Tremblay, le récit des disciples d’Emmaüs est « un texte construit pour nous dire comment on peut rebondir quand on nage dans le désenchantement et la désillusion, quand on a l’impression que tout est fini ».[1]  Regardons les disciples. Au départ, leur route ne mène nulle part. Jésus s’approche et marche avec eux. Il les écoute raconter leur désespoir. Il les provoque… Il leur explique…Il partage le pain avec eux.  « Alors, leurs yeux s’ouvrirent…».  Sur leur route, Jésus rallume l’espoir. L’ayant reconnu, ils veulent annoncer immédiatement aux amis tout ce qu’ils ont découvert : Il est vivant, Il est près de nous. Il est là pour toujours.

 

Sur les routes de l’Église d’aujourd’hui, il y a beaucoup d’espoirs déçus. Mais il y a aussi des disciples qui l’ont reconnu, qui font route avec Lui, qui font mémoire de Lui, qui témoignent qu’Il est vivant. Voilà la thématique sur laquelle nous désirons vivre et continuer d’édifier, pour les trois années qui viennent, l’Église de Dieu qui est en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine.

 

Pour l’année pastorale 2006-2007, nous pourrons prendre le temps de constater comment il est important de réaliser que « nous faisons route avec Lui ».  Le thème de la route et de la marche fait partie des thèmes spirituels les plus profonds de l’être humain. Ce thème est symbolisé dans toutes les religions du monde par l’expérience du pèlerinage. Pèlerinage en Terre sainte, pèlerinage sur les tombeaux de Pierre et de Paul à Rome, pèlerinage vers saint Jacques de Compostelle, pèlerinage à Lourdes. Chez nous, pèlerinage à Sainte-Anne-de-Beaupré, à Ristigouche, à Carleton, à Pointe-Navarre ! Pèlerinage aussi des musulmans vers La Mecque et des hindous dans le Gange.

 

Nous pouvons marcher pour chercher un sens à notre vie. Nous pouvons marcher aussi pour approfondir la présence de Dieu et, comme les disciples d’Emmaüs, pour mieux comprendre ce qu’Il nous dit et ce qu’Il attend de nous. Dans un pèlerinage, ce n’est pas la longueur du circuit qui importe, mais la démarche intérieure réalisée qui permet souvent de prendre conscience des multiples obstacles qui alourdissent notre existence : surcharge de bagages dont j’encombre ma vie, limites naturelles imposées par ma situation, mon état de santé, mes engagements, nécessité des aires de repos et d’une hydratation régulière, présence des compagnons et compagnes qui cheminent comme nous.

 

L’année 2007-2008 nous fera réaliser que Jésus nous a affirmé : « Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde » et que les formes de sa présence parmi nous sont multiples : dans la Parole de Dieu partagée, le rassemblement de disciples réunis en son nom, l’accueil donné aux plus faibles… Une forme de présence par excellence est celle dans laquelle les disciples d’Emmaüs le reconnurent ce jour-là : « Pendant qu’ils étaient à table avec eux, Il prit le pain ; après avoir rendu grâce, Il le rompit et le leur donna. Alors, leurs yeux s’ouvrirent ». Et depuis ce temps, comme les disciples de la première génération, le huitième jour, les chrétiens et chrétiennes continuent de réaliser sa présence « en faisant mémoire de Lui ».

 

L’année 2008-2009 fera suite immédiatement au Congrès eucharistique international de Québec. Après avoir souligné et célébré sa présence dans « L’Eucharistie, don de Dieu pour la vie du monde », comme les disciples d’Emmaüs, nous mettrons l’accent sur la nécessité de rebondir afin de « témoigner qu’Il est vivant».  C’est parce que nous l’avons reconnu, nous aussi disciples du XXIe siècle, que nous portons encore son espérance. La certitude de sa présence nous met en action vers nos sœurs et nos frères, les biens portants comme les plus faibles, pour leur annoncer cette Bonne Nouvelle : la vie vaut la peine d’être vécue, car Dieu est notre Père et il a ressuscité Jésus, notre frère, qui vit toujours parmi nous. C’est Lui la source de notre joie.

 

Chers frères et sœurs dans la foi, continuons de bâtir chez nous l’Église de Jésus Christ comme autant de communautés de témoins qui rayonnent, dans l’ensemble de notre grand territoire, la présence de Jésus ressuscité, source de notre espérance et de notre joie. Comme les disciples des générations précédentes, transmettons à notre monde la richesse de l’amour de Dieu qui nous fait vivre. Et l’Esprit qui nous a été envoyé nous fera trouver le geste ou la parole appropriée.

 

 

† Jean Gagnon

Évêque de Gaspé

Gaspé, le 1er septembre 2006


 


[1] Tremblay Paul, Par-delà l’automne, Anne Sigier, 2005, p. 99