Mars 2012

Éditorial de l’évêque    mars 2012

 

    

Jeûner par solidarité

Les évangélistes nous disent constamment comment Jésus, à la fois, proclamait la Bonne Nouvelle et guérissait les malades. De la même manière, à toutes les époques, les disciples de Jésus ont voulu poursuivre son action, en annonçant l’Évangile à tous les peuples, en accueillant tous les besoins humains et en cherchant à les combler à la manière du Maître. C’est ainsi que la vérité de la Parole est illustrée constamment par l’engagement et que le témoignage des disciples, est expliqué, à son tour, par la diffusion de la Bonne Nouvelle.

À ce propos, on trouve des propos intéressants du pape Benoît XVI dans le document qu’il vient de signer au Bénin, suite au dernier Synode des évêques d’Afrique : « La parole et le témoignage de vie vont de pair. Mais le témoignage seul ne suffit pas non plus, car le plus beau témoignage se révélera à la longue impuissant s’il n’est pas éclairé, justifié, – ce que saint Pierre appelait donner « les raisons de son espérance » (1Pi 3,1-15) – explicité par une annonce claire, sans équivoque du Seigneur Jésus ». (Africae Munus, 32)

C’est ainsi que deux organismes contribuent à ouvrir l’action de notre Église à la mission universelle du Christ : les Œuvres pontificales missionnaires qui soutiennent plus directement l’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus et l’organisme Développement et Paix qui éduque le peuple chrétien d’ici à la solidarité universelle et appuie en notre nom des projets de développement dans divers pays du monde.

Chaque année, Développement et Paix profite du temps du Carême pour relancer son appel aux catholiques d’ici à la solidarité. Et en arrivant à Gaspé, il y a maintenant une dizaine d’années, j’ai été frappé par l’ingéniosité et la générosité des gens de la Gaspésie et des Îles à répondre à cet appel : repas de la faim, soupe populaire, vente de petits pains, etc. C’est tout à l’honneur de nos communautés chrétiennes ! Cette année encore, nous sommes conviés à poser des gestes de partage et de solidarité pendant le Carême qui commence.

Pourquoi ne pas lier nos gestes de partage à l’appel au jeûne que nous retrouvons souvent dans les Écritures mais qui ne fait plus beaucoup partie de nos mœurs de société de consommation? Jeûner pour penser à l’autre qui a moins. Jeûner pour économiser et partager le fruit de notre jeûne ne serait-il pas un geste cohérent avec l’appel que nous relance le prophète Isaïe, au début du Carême : « Quel est donc le jeûne qui me plaît? N’est ce pas faire tomber les chaînes injustes… partager ton pain avec celui qui a faim… ne pas te dérober devant ton semblable? » (Is  58, 7)

Jeûner pour partager serait sans doute pour chacun et chacune de nous une bonne occasion de réaliser que « l’homme ne vit pas seulement de pain » (Mt 4,4). Ce serait aussi donner une réponse concrète aux appels que nous lancera bientôt Développement et Paix. Partager et vivre la solidarité peut devenir un puissant moyen de vivre en acte et en vérité ce que nous professons lorsque nous affirmons que Dieu est notre Père et qu’il veut également le bien de tous ses enfants.

† Jean Gagnon

Évêque de Gaspé