Octobre 2011

Éditorial de l’évêque    octobre 2011

La pratique religieuse: pratiquer quoi ?

J’assistais dernièrement à une rencontre où on se demandait s’il fallait pratiquer pour être un bon catholique. En entendant les arguments des uns et des autres, je réalisais encore une fois comment cette expression n’exprime pas bien la réalité que nous vivons comme disciples de Jésus aujourd’hui. Pouvons-nous juger de la fidélité d’une personne à suivre l’Évangile de Jésus par le seul indice de la « pratique religieuse », c’est-à-dire de la participation à la célébration dominicale?

En contrepartie, d’autres affirment que la pratique de la charité et de la justice au nom de sa foi chrétienne est aussi une forme de pratique importante. Certains diront même que c’est la plus importante. Et ils n’ont pas vraiment tort ! Jésus a même répété quelques fois dans l’Évangile : « Quiconque écoute les paroles que je viens de dire et les met en pratique peut se comparer à un homme avisé qui a bâti sa maison sur le roc.» (Mt 7, 24) Ailleurs, il dit encore : « Ma mère, mes frères, ce sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la mettent en pratique.» (Luc 8, 21)

Il est bien difficile, dans une société en changement comme la nôtre, de trancher à partir d’un critère comme celui de « la pratique religieuse » et de partager les gens en diverses catégories de chrétiens. D’ailleurs, qui sommes-nous pour juger les autres? Car l’attachement à Jésus est d’abord une affaire de cœur. Jésus a parlé régulièrement de la conversion du cœur qu’il considère comme l’accueil de la foi en la Parole de Dieu et qu’il compare à une semence qui a tombé dans la bonne terre et qui a porté du fruit.

Ne vaudrait-il pas mieux éviter cette expression de « pratique religieuse » et comprendre plutôt que, selon les circonstances, les disciples peuvent être engagés à différents degrés face à Jésus mais aussi face à leur communauté chrétienne. En effet, il faut se rappeler que Dieu est intervenu d’abord pour nous sauver comme peuple afin que nous devenions le Peuple de Dieu. Et Jésus nous a enseigné à vivre comme des communautés de disciples. C’est ce que nous retrouvons dans l’Évangile et dans la vie des premiers chrétiens. La participation au rassemblement dominical est encore aujourd’hui le signe par excellence que nous formons le Peuple qui témoigne publiquement de Dieu. Retrouver régulièrement sa communauté chrétienne, c’est venir s’instruire de la Parole de Dieu qui nous guide et partager le Pain de vie qui rassemble les disciples pour qu’ils forment le Corps du Christ et vivent comme des témoins dans le monde d’aujourd’hui.

La véritable question devient alors : est-ce que je crois dans ma communauté chrétienne? Y suis-je attaché de façon vraiment vitale ou seulement pour la forme? M’éloigner de ma communauté, c’est aussi risquer de m’éloigner de la Parole et du Pain de vie. Voilà, me semble-t-il, la question qu’il faut se poser ! Et ne jamais oublier que la vie chrétienne est une éternelle conversion…

 

  † Jean Gagnon

Évêque de Gaspé