Pastoral de l’appel

Lettre pastorale

Aux prêtres, aux diacres, aux agentes et agents de pastorale

et à tous les baptisés de l’Église présente

en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine

UNE PASTORALE DE L’APPEL 

Chers collaborateurs et collaboratrices,
Chers diocésains et diocésaines,

Depuis que je suis devenu votre pasteur et que j’ai appris à mieux connaître l’Église présente en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, je porte dans mon cœur l’espérance que nos paroisses deviennent des communautés de disciples de Jésus capables de prendre en charge leur vie quotidienne et leur avenir.  Pour y arriver, elles doivent pouvoir compter sur les soins d’un grand nombre de personnes baptisées prêtes à assumer, avec leur pasteur, les différentes responsabilités requises pour leur vitalité et l’avancement de la mission confiée par Jésus.  Je sens l’urgence dans notre Église de relancer une pastorale des vocations en lui donnant la forme et la couleur requises par la situation de notre temps.  Voilà l’objet de la présente lettre que je vous envoie à quelques semaines de la Journée mondiale de prière pour les vocations

LA SOCIÉTÉ A CHANGÉ

1.      Aujourd’hui, l’État se charge de la plupart des fonctions sociales que l’Église a assumées pendant des siècles dans les domaines de l’éducation, de la santé, des services sociaux, des loisirs. En conséquence, les rôles sociaux exercés par l’Église sont devenus aujourd’hui moins visibles. Le monde d’hier qui était plutôt unitaire est devenu pluraliste de sorte que les chrétiens sont redevenus, comme aux premiers temps de l’Église, des minorités confrontées à d’autres religions et d’autres manières de penser et de vivre. Les jeunes qui pouvaient facilement être rejoints par l’école catholique et la fréquentation de personnes identifiées à l’Église ont moins de contacts directs avec leur communauté d’origine.

NOTRE ÉGLISE A CHANGÉ 

2.      Depuis le Concile Vatican II (1962-1965), nous sommes passés progressivement à une Église de plus en plus communautaire. Beaucoup de chrétiens et de chrétiennes sont devenus plus sensibles à l’importance de jouer un rôle actif dans les communautés où ils sont engagés.

3.      À la suite de ce même Concile s’est aussi développée une théologie du laïcat basée sur l’importance du Baptême et de la Confirmation qui font de chaque personne un membre à part entière du Peuple de Dieu, un frère et une sœur de Jésus, prêtre, prophète et roi. Cette redécouverte a contribué au développement d’une théologie renouvelée des ministères beaucoup plus axée sur la mission partagée par tous et toutes de proclamer l’Évangile de Jésus et de contribuer solidairement à la vitalité de la communauté. Tous les ministères laïques ou ordonnés sont donc complémentaires et surgissent des charismes donnés par l’Esprit Saint à chacun et à chacune pour le bien de toute l’Église.

4.      L’Église est donc ramenée à son rôle premier de redevenir une communion de communautés de disciples de Jésus soucieux de proposer l’Évangile, de célébrer la présence en son sein du Ressuscité, de soutenir les plus faibles, de donner un visage à la vie fraternelle et communautaire, de travailler à l’humanisation de la société par la promotion des valeurs de l’Évangile.

UNE PASTORALE DE L’APPEL

5.      Ces changements dans la vie de l’Église nous amènent à envisager une pastorale des vocations que nous appellerons pastorale de l’appel. Il s’agit d’une action pastorale qui met d’abord l’accent sur l’éminente dignité de chaque baptisé et sur l’engagement que Dieu attend de chacun et de chacune pour annoncer l’Évangile et assurer la prise en charge de chaque communauté.

6.      La vocation a toujours été comprise d’abord comme un appel que Jésus lance à tous ses disciples de vivre en fils et en filles de Dieu et de témoigner de l’Évangile dans leur vie tant personnelle que sociale. Il ne peut y avoir de véritable vocation sans que le cœur « ait été saisi par le Christ » (Ph 3, 12). L’Esprit Saint conduit souvent, en des lieux et à des engagements insoupçonnés, ceux et celles qui acceptent de se laisser guider par Lui.

7.      Mais le mot vocation veut aussi dire appeler, interpeller. L’appel vocationnel se présentera davantage aujourd’hui comme un appel venant de la communauté pour répondre à tel besoin précis requis pour sa vitalité et l’avancement de la mission. C’est pourquoi l’ensemble des chrétiens et des chrétiennes doit se soucier d’interpeller des personnes aptes à « prendre soin de la communauté », les unes de façon permanente, d’autres de façon plus passagère. On ne peut parler de vocations particulières avant d’avoir lancé à tous et à toutes un appel général à servir comme disciples du Seigneur en raison des engagements pris et des grâces reçues au Baptême et à la Confirmation.

APPELER LARGEMENT

8.      La pastorale des vocations basée jusqu’à présent sur l’accueil des candidatures doit nous amener dorénavant à interpeller plus explicitement.  Car, si cet aspect a été quelque peu mis en veilleuse depuis quelques décennies, chaque célébration d’une ordination nous le rappelle alors que le rituel commence par une présentation des candidats par la communauté et un appel de l’évêque.

9.      Les besoins des communautés sont grands et multiples. La Parole de Dieu doit être proclamée, enseignée et approfondie : c’est l’éducation de la foi avec tous les charismes que cette tâche exige. La communauté doit se rassembler pour célébrer l’Eucharistie, les différents sacrements et certains événements, et pour animer la prière dans la vie courante. La communauté doit aussi organiser des services de la charité afin de soutenir des frères et des sœurs plus faibles, démunis, malades, ou aux prises avec d’autres difficultés. Puis, il faut voir à la prise en charge de la gestion matérielle et administrative qui exige des talents particuliers et des engagements réels. C’est donc toute une gamme de besoins essentiels auxquels on doit répondre selon les talents particuliers des uns et des autres.

10.  La communauté doit aussi s’appuyer sur les fonctions plus structurantes de ceux et de celles qui sont prêts à engager toute leur vie au service du leadership pastoral d’une communauté particulière ou de l’Église en général.  Comme ces ministères demandent un engagement plus permanent, ils exigent une préparation plus approfondie. Ce sont plus spécifiquement les ministères ordonnés, les ministères laïques d’agent et d’agente de pastorale, la vocation à la vie religieuse et à l’engagement missionnaire, pour ne nommer que ceux-là.

11.  Aujourd’hui, ces engagements plus permanents seront souvent précédés d’une série d’expériences plus simples vécues dans la communauté.  Elles auront permis à certaines personnes de découvrir les exigences et la grandeur du service pastoral et de la marche à la suite de Jésus et de vérifier leurs talents et leurs forces. C’est souvent de cette manière que furent discernés puis lancés des appels importants dans l’Église. Pensons à l’appel des apôtres, d’Étienne, de Paul, de Tite et de Timothée, et de tant d’autres après eux.

12.  La pastorale de l’appel ne peut plus être une affaire de jeunes seulement.  On peut être appelé à servir sa communauté à tout âge.  Mais il faut continuer à intéresser les jeunes de nos communautés afin qu’ils développent l’amour de l’Église et que certains et certaines acceptent de se donner une préparation plus longue exigée par les ministères plus permanents. Il est donc très urgent de mettre en place de nouvelles approches qui permettront aux jeunes de prendre leur place dans nos communautés.

13.  Pour atteindre ces objectifs, l’action de notre Église doit prendre plusieurs formes. Mais avant d’entreprendre des démarches spécifiques, il nous faut développer une véritable culture de l’appel. Qu’est-ce que cela signifie ? Nous désirons que chaque communauté, chaque ministre, chaque fidèle imite l’attitude de Jésus avec ses disciples: appeler, accompagner, envoyer. Tous et toutes doivent avoir le souci constant d’impliquer le plus grand nombre de personnes possible, jeunes comme plus âgées, dans des projets de la communauté et de l’Église diocésaine. Pour s’en persuader, il faut partager les convictions de Jésus : la moisson est grande et les ouvriers et ouvrières ne sont jamais assez nombreux.  On ne peut appeler avec enthousiasme sans d’abord être fier et convaincu soi-même de la vie nouvelle que l’Évangile peut apporter aux hommes et aux femmes de notre temps trop souvent secoués à tout vent comme des brebis sans berger.

LANCER DES APPELS SPÉCIFIQUES

14.  C’est à travers la vie qui bat au quotidien que chaque communauté, tout au moins dans ses leaders, doit avoir le souci de discerner et d’interpeller constamment de nouvelles personnes pour des besoins précis, selon les talents et les disponibilités de chacun et de chacune. Le manque d’interpellation pour les divers ministères a été un des points faibles de la pastorale des vocations des dernières décennies.  Pourtant …

–    Nos communautés ont besoin de pasteurs qui, comme Jésus, rassemblent leurs frères et sœurs, leur partagent la Parole, les accueillent et les guident dans la prière et les sacrements, les entraînent dans la charité.

–    Nos communautés ont besoin de diacres permanents qui deviennent dans chaque communauté ou pour l’Église diocésaine des icônes du Christ serviteur qui lavait les  pieds de ses apôtres. Comme ils sont ordonnés pour « le service » dans notre Église, il nous appartiendra de définir les missions plus spécifiques qui leur seront dévolues chez nous.

–    Nos communautés ont besoin d’agents et d’agentes de pastorale qui, au nom de leur Baptême et de leur Confirmation, se donnent la compétence pastorale requise pour se mettre de façon permanente au service de leur communauté comme animateurs, formateurs, coordonnateurs d’activités pastorales.

–    Nos communautés ont besoin d’hommes et de femmes qui acceptent pour un temps de mettre leurs talents au service de la formation chrétienne des jeunes, de   l’animation de la prière, de l’exercice de la charité et de la justice, du maintien de la fraternité. Elles ont besoin aussi de personnes pour gérer les réalités administratives et financières qui rendent possible la vie pastorale et les multiples activités fraternelles dans les communautés.

–    Nos communautés auront toujours besoin du témoignage d’hommes et de femmes engagés dans la vie religieuse active, contemplative et missionnaire et qui, selon leurs charismes, seront des exemples et un soutien pour l’annonce de la Parole, l’entraînement dans la prière, l’exercice de la charité et de la justice.

–    Nos communautés, enfin, auront toujours besoin de l’engagement du plus grand nombre pour leur soutien moral, spirituel et financier, quels que soient les âges de la vie.

CONCLUSION

La pastorale de l’appel n’est pas un champ particulier de notre vie d’Église. Elle est la réponse à l’invitation de Jésus : « Allez donc, de toutes les nations, faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit.  Et moi, je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde »
(Mt 28, 18-20). Elle se fonde sur une prise de conscience de l’éminente dignité de notre Baptême et de notre Confirmation.  Elle permet aussi une redécouverte des richesses de vie de l’Évangile à partager et des nombreux talents à mettre au service de la communauté.

Que le Seigneur nous rende ardents à lancer l’appel et généreux pour y répondre. Voilà mon plus grand désir pour l’avancement de la mission de Jésus dans notre chère Église de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine.

  

Pâques 2004                                                                † Jean Gagnon
Évêque de Gaspé