Pastorale carcérale

Apostolat en milieu carcéral

 

Nous avons, à l’intérieur des limites de notre diocèse, deux centres de détention.  L’un est situé à New Carlisle et l’autre à une centaine de kilomètres plus loin, à Percé.

Un service pastoral assure aux détenus de ces deux établissements qui le désirent, un accompagnement individuel ou de groupe afin de les aider dans leur cheminement spirituel et leurs réflexions sur le futur.

M. l’abbé Martin Arsenault, assisté de madame Hélène Audet, intervenante bénévole, est l’animateur de pastorale au centre de détention de Percé. Quant à celui de New Carlisle, c’est M. Patrick Arsenault qui en a le mandat.

 

 

« Confirmés… en détention »

 

Dimanche le 12 avril dernier, une liturgie inusitée se tenait au Centre de détention de Percé. Au milieu d’une quinzaine de pensionnaires, hommes de tous âges, réunis autour de l’aumônier, l’abbé Martin Arsenault et de madame Hélène Soucy, intervenante bénévole en pastorale, l’évêque de Gaspé, Mgr Jean Gagnon, dans un accueil paternel et en toute simplicité, procédait à la confirmation de trois jeunes hommes qui avaient demandé à confirmer la foi de leur enfance. En effet, après avoir fait le point sur leur cheminement spirituel, ces trois hommes dans la vingtaine demandaient à l’abbé Martin s’il leur était possible de recevoir le sacrement de la Confirmation, d’autres plus anciens étant prêts à leur servir de témoins.
 
Comme évêque de la Gaspésie et des Îles, Mgr Gagnon était heureux de répondre positivement à cette demande, qui rappelle la parole de Jésus : « J’étais en prison, et vous m’avez visité » et qui évoque ces multiples visites du pape François qui ne perd pas une occasion de prendre contact avec ceux et celles que notre société est portée à exclure trop rapidement.
 
Tous réunis autour d’une grande table, en ce 2e dimanche de Pâques, nous avons médité l’expérience des premiers chrétiens qui mettaient tout en commun et celle de l’apôtre Thomas qui a eu bien du mal à croire en Jésus ressuscité. Puis, nos trois amis se sont levés avec leurs témoins et ont reçu l’onction de l’Esprit au milieu des chants partagés dans la joie par leurs compagnons solidaires de leur foi.
Comme quoi, la bonne santé de l’âme, comme celle du coeur et de l’esprit, fait aussi partie de la guérison ! Ce matin-là, Pâques prenait tout son sens.
 
Hélène Soucy-Audet

 

Commentaire reçu, suite à la parution de ce texte dans L’Église de Gaspé du mois de mai 2015 :

 

Bonjour à qui de droit,
 
En lisant la revue (L’Église de Gaspé) du 5 mai 2015, je me suis dit que l’article en page 10: « Confirmés…en détention » devrait  paraître  dans tous les journaux. Je l’ai lu et relu et en ai gardé la copie. Quel beau geste de foi que tout le monde devrait lire. Nous avons une preuve que le Seigneur a des tours…  dans son sac… qu’IL …rôde  même autour des prisons, et qu’IL ose même y entrer….
 
Félicitations à Mgr Gagnon, à Martin Arsenault que je connais  et aux personnes qui ont mis la main à la pâte. C’est vrai que nous sommes des instruments dans la main du Seigneur. Cet article  compense pour tout ce que nous voyons de négatif dans notre monde actuel.
 
Bon été à chacun/ne, félicitations pour la belle revue!
 
Lina Cyr f.j., Rimouski (autrefois de New Richmond)

 

Deux témoignages très éloquents de la part d’intervenants en pastorale carcérale vous sont présentés. Ces textes ont déjà paru dans le bulletin diocésain L’Église de Gaspé en 2014.

 

Chemin de libération

 

Le 20 février dernier avait lieu au Camp Bellefeuille une réunion avec les intervenants en pastorale carcérale et Mgr Gagnon. Cette rencontre nous a permis de faire le bilan, partager nos expériences et relever les nouveaux défis. Suite à cet évènement, une occasion m’est offerte de partager avec vous mon expérience comme agent de pastorale au Centre de détention de New Carlisle depuis 1998. Difficile de résumer en quelques lignes, la richesse des liens créés durant toutes ces années; il y aurait tant à raconter. Être présent et témoigner de ma foi en détention m’est toujours apparu comme un besoin vital à ma croissance personnelle, à mon besoin de connaître et de mieux comprendre ceux qui touchent de plus près « l’Amour souffrant de Dieu ».
Chaque détenu pourrait, dans sa quête spirituelle, faire l’objet d’une bande dessinée à caricature, tellement ils vivent des expériences intenses. De façon générale, la détention représente pour eux au point de départ, une fatalité, un lieu de réclusion et d’exclusion sans possibilités. Leurs réflexions ressemblent davantage à une rébellion contre le système carcéral, la société et la vie elle-même dans son ensemble. Par contre, pour ceux qui sont en recherche de sens, ils vont profiter de ces moments pour faire le point à l’intérieur de soi, participer avec enthousiasme et assiduité à des programmes de développement personnel, à des thérapies, à des animations liturgiques (célébration de la Parole, messes, célébration du pardon), à des rencontres de croissance psycho-spirituelle, à des groupes de discussion, à des rencontres individuelles, etc. À titre d’exemple, nous avons un groupe de discussion qui partage sur des sujets tels que l’intimidation, les peurs, la sexualité en détention, les relations à nos proches et nos amours lorsqu’on est détenu, Jésus-Christ, Marie, l’Église, etc. Fait étonnant, tous ces sujets provenaient de propositions de détenus. Plusieurs apportent au groupe des réflexions matures, empreintes de valeurs fondamentales telles que la confiance, la justice, la dignité de la personne, le respect, etc.
Au fil des ans, j’ai vu chez certains individus des transformations notables dans leurs attitudes, leurs réflexions et leurs comportements. Plusieurs réalisent que la vraie liberté n’a pas de prix, que… « la vraie vie, c’est dehors », que Dieu est présent dans leurs détresses humaines depuis le début. Par ces rencontres, il se construit à l’intérieur des murs, des chemins de libération (parfois très émouvants) et de réconciliation qui leur permettent de retrouver du sens à leur vie, une dynamique spirituelle et des éléments clés d’une réhabilitation progressive. Quelques-uns redécouvrent une vive conscience deux – mêmes et des autres, des devoirs et des responsabilités qui importent à un mieux vivre ensemble. Pour certains, cela se manifeste concrètement par un très grand souci d’accueillir les nouveaux détenus, les accompagner, leur procurer un support moral, les orienter et les diriger vers les services nécessaires à leur bon fonctionnement. Je pense même que certains trouvent dans cet engagement, une voie de réalisation personnelle qu’ils pratiquent avec enthousiasme, sincérité et détachement.
Le plus important je pense, c’est que certains d’entre eux retrouvent ce désir et cette volonté de vivre, de mieux comprendre les raisons de leurs problématiques. Ils reconnaissent et expriment clairement le besoin d’être accompagné pour mieux se comprendre et s’ajuster afin de transformer leur vie. Ce sont là à mon avis des signes évidents de leur ferme volonté de choisir et d’offrir le meilleur deux même aux autres, de devenir eux aussi des « passeurs de vie et d’espoir ».
Patrick Arsenault

 

Ce qui se vit  avec mes frères au Centre de détention de Percé !

 

Depuis deux ans, je suis bénévole au centre de détention de Percé, où chaque samedi, j’assiste l’aumônier. Voilà… un appel, une réponse, UN DÉFI ! « Accompagner l’aumônier en milieu carcéral. »
 
Une pastorale chez les détenus ? Qui suis-je ? Quel appui puis-je apporter ? Une femme retraitée ! Donc, seules mon expérience de vie et mes convictions profondes sont mes atouts. Enfin, je fonce sans aucune résistance… Le Seigneur est avec moi !
 
Qui rencontrons-nous ? Des êtres humains, en quête de Dieu, en quête de sens et de spiritualité. L’accueil, réservé et même timoré du début, est devenu assez tôt une communion réciproque. Le respect, l’ouverture sur la Parole de Dieu et son partage en toute liberté, sont des valeurs ressenties. La célébration de l’Eucharistie est un véritable moment de communion, aussi bien de nos fragilités que de nos espérances. Une thérapie « unique » au dire des bénéficiaires, offerte à ces gens marqués par leurs gestes, nous aide au niveau pastoral. Ne faisons-nous pas route commune ? Nos objectifs se croisent et rejoignent un Dieu amour compatissant. Se connaître, s’aimer et accepter d’agir en toute confiance, n’est-ce pas accepter le baume guérisseur ? Comme en témoigne l’appréciation d’un monsieur avant son départ : « Je ne vous oublierai jamais, vos paroles sans jugement me suivront partout… »
 
Chaque fois que je passe les lourdes portes de sécurité du Centre pour y entrer, je revis la Parole du Christ : « J’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi ». Et chaque fois que j’en sors, j’entends le Christ me redire : « Ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont les miens, c’est à moi vous l’avez fait! »
 
Voilà ! Ma sortie missionnaire hebdomadaire me comble et me fait aimer de plus en plus mon Dieu « Libérateur ».
Hélène Audet