Pour aller de l’avant

Lettre pastorale

Pour le lancement de l’année pastorale 2003-2004

 

 Pour aller de l’avant…

Chers diocésains et diocésaines,

 

Avec l’automne, nous entrons dans une nouvelle année d’activités pastorales. Bien que je sois parmi vous depuis l’été 2001, c’est la première année que j’entreprends avec vous à titre d’évêque de l’attachante Église de la Gaspésie et des Iles-de-la-Madeleine.

 

En ces deux ans, pour plusieurs d’entre nous, nous nous sommes déjà rencontrés quelques fois. Lorsque vous recevrez cette lettre, j’aurai visité la presque totalité des communautés chrétiennes au moins une première fois. Lors de ces visites, j’ai été heureux de rencontrer la majorité des personnes engagées au service de notre Église : prêtres, diacres, agents et agentes de pastorale, présidents et présidentes d’assemblée de fabrique, marguilliers et marguillières, personnes engagées en pastorale. J’ai eu aussi le bonheur d’entrer en contact avec vous tous et toutes qui assumez diverses responsabilités au sein de vos communautés et qui portez le souci de la vitalité et de l’avenir de notre Église.

 

J’ai rencontré chez vous beaucoup d’attachement mais aussi de l’inquiétude face à notre Église et à son avenir.  Comment assurer une relève ? Comment pourrons-nous conserver toutes nos églises ouvertes ? Comment transmettre l’héritage de la foi et des valeurs de l’Évangile aux générations plus jeunes ? Questions d’ordre administratif et questions plus pastorales.

 

Des pas ont été faits

 

Je n’ai pas la prétention d’avoir solution à toutes les questions que nous nous posons. Mais des pas ont déjà été faits. Le colloque sur le patrimoine religieux tenu en juin 2002 nous a invités à développer pour l’utilisation de nos églises des formes de collaboration compatibles avec leur vocation communautaire et religieuse afin qu’elles restent des signes d’identité et d’espérance dans chaque milieu. La relance du partenariat entre les paroisses et le diocèse par la collecte de l’automne 2002 s’est avérée un succès dont le résultat a permis d’améliorer le sort du diocèse comme celui des soixante-cinq paroisses. Il faut poursuivre dans cette lancée. Nous trouverons ensemble d’autres réponses au fur et à mesure que les questions se présenteront.

 

L’automne dernier, à l’occasion de la rencontre de lancement de l’année pastorale et suite au travail du Conseil pastoral du diocèse, nous avons publié un énoncé de mission de notre Église diocésaine qui a été accueilli comme un souffle d’espérance et de fierté face à ce que nous sommes et voulons être, des disciples de Jésus porteurs de sa missiondans notre coin de pays. Cet énoncé de mission est affiché maintenant dans de nombreuses églises et est réaffirmé  régulièrement dans nos assemblées. Voilà comment nous voulons être vus et perçus dans le monde d’aujourd’hui. Avec l’aide de Dieu !

 

D’autres pas restent à faire

 

Cet automne, nous voulons faire un pas de plus en officialisant le document pastoral mis en consultation l’an dernier, Construire chez nous des communautés de disciples. Ce texte veut exposer une vision théologique de l’Église et un mode d’organisation de nos communautés qui permettront de porter ensemble, dans les circonstances présentes, la mission de Jésus chez nous.

 

Trois mots clés sont à la base de ce document : mission, communauté et synodalité ou coresponsabilité. Il est important d’approfondir ces trois mots parce qu’ils donnent leur sens aux autres modalités qui complètent ce document.

 

La mission

 

Ce premier mot implique que, si nous sommes des disciples de Jésus, ce n’est pas seulement pour notre salut personnel. Jésus nous a demandé, à notre tour, de porter autour de nous sa Parole qui donne espérance et courage dans la vie : Dieu est notre Père, Jésus est son envoyé et notre frère, nous sommes tous frères et sœurs, appelés à vivre en toute cohérence avec cette réalité. Tel que promis, nous sommes assurés que l’Esprit nous accompagne et qu’il nous enseignera tout ce qu’il faut dire et faire (Mt 10, 19-20 ; Jn 14, 26)  pour témoigner de notre foi dans ce monde en quête de profondeur spirituelle.

 

La communauté

 

Pour vivre cette mission, l’engagement personnel de chaque disciple est nécessaire. Mais il y a aussi le témoignage commun qui rend visible l’influence de l’Évangile et transforme la vie du milieu. Dans l’Évangile comme au tout début de l’Église, les premiers disciples étaient réunis comme des communautés de foi, de prière et de charité. Le sommet de leurs rencontres étant le rassemblement du dimanche, le Jour du Seigneur.

 

Dans leurs communautés, les premiers disciples étaient préoccupés d’annoncer et d’approfondir la Parole de Dieu, de se rassembler pour prier et témoigner de la présence du Christ ressuscité au milieu d’eux. Ainsi, ils rendaient visible la charité de Jésus en se préoccupant concrètement de ceux et celles qui étaient dans le besoin parmi eux et autour d’eux.  Voilà ce que nous avons à redécouvrir et à mettre en œuvre de façon toujours nouvelle pour redonner vitalité à chacune de nos communautés et assurer leur avenir.

 

C’est pourquoi il nous faut apprendre à développer de nouvelles formes de prise en charge de notre communauté. Comme nous avons appris à le faire au plan administratif, quelques personnes doivent accepter, tout au moins pour un temps, de mettre leur disponibilité et leurs talents au service de l’ensemble. Ce noyau formera l’équipe de pastorale paroissiale. Une personne de cette équipe acceptera un rôle de coordination des activités locales de pastorale. On l’appellera le délégué paroissial ou la déléguée paroissiale.

 

Une communauté de disciples de Jésus ne vit jamais refermée sur elle-même. Déjà à l’époque de saint Paul, nous voyons les communautés vivre en réseau, s’entraider et partager la même foi. Dans les circonstances présentes, nos communautés doivent se regrouper en secteur pour vivre entre elles la solidarité et le partage sous la responsabilité d’un pasteur commun. C’est le rôle du secteur.

Reliées entre elles d’une façon encore plus large, nos soixante-cinq communautés, un peu comme les grains d’un grand chapelet, forment l’Église diocésaine sous la responsabilité de l’évêque, lui-même successeur des apôtres. Dans son rôle de premier pasteur, l’évêque a la charge, au nom de Jésus qui est le seul vrai Pasteur, de garder l’Église diocésaine dans l’unité de la foi et de promouvoir en tout le grand commandement de la charité. À titre de successeur d’un membre du collège des apôtres, il a aussi à maintenir le lien de communion avec les autres évêques et avec le Saint-Père, ce dernier symbolisant dans sa personne l’unité visible des disciples de Jésus. C’est ainsi qu’on peut dire en toute vérité qu’à chaque niveau de rassemblement — secteurs, diocèse, Église d’un pays ou Église universelle — l’Église est toujours une communauté de communautés de disciples de Jésus.

 

La synodalité

 

La coresponsabilité ou la synodalité est également fondamentale dans notre manière de vivre et de diriger l’Église. On dit parfois que l’Église n’est pas une démocratie. Cela est vrai au sens ou la vérité de l’Évangile n’a pas à être définie par vote de la majorité. Mais cela ne veut pas dire pour autant que celui ou celle qui reçoit une mission d’autorité peut agir en solitaire et comme bon lui semble. Jésus a confié l’Église au collège des douze apôtres, demandant à Pierre de la garder dans l’unité. Concrètement, aujourd’hui encore, le pape consulte régulièrement par des conciles, des synodes et de nombreuses rencontres avec ses divers collaborateurs. L’évêque fait de même en s’entourant de différents conseils : conseil d’administration, conseil presbytéral, conseil pastoral diocésain. On doit retrouver aussi, dans la paroisse comme dans chaque secteur, des  instances de prise en charge commune. Personne n’est propriétaire de la mission administrative ou pastorale d’une communauté, d’un comité, d’une équipe, d’une activité particulière. La synodalité signifie toujours une responsabilité assumée collectivement au nom de la foi et de la charité communes qui nous réunissent sous la houlette d’un pasteur.

 

C’est sur ces trois principes : mission, communauté et synodalité que repose le document Construire chez nous des communautés de disciples. Avant d’être un modèle d’organisation que nous mettrons en place petit à petit, c’est d’abord un esprit nouveau à instaurer ou à promouvoir qu’il veut mettre de l’avant.

 

Soutien, formation, accompagnement

 

Pour vivre cette Église, nous nous rendons compte qu’un grand nombre parmi nous, chacun et chacune selon ses talents et ses disponibilités, devront mettre l’épaule à la roue. Plusieurs se diront : je ne sais pas comment faire ; qui me montrera comment ? C’est pourquoi, il apparaît qu’une préoccupation majeure des Services diocésains sera de donner de la formation aux personnes prêtes à s’engager dans chacune des communautés. Déjà, une personne est mandatée pour faire les recherches nécessaires afin de rendre accessible la formation universitaire à tous ceux et celles qui prennent des responsabilités en Église. D’autres, assurant diverses responsabilités diocésaines, se sont vu confier la mission de parcourir le plus possible les régions pour assister les communautés. Ces personnes continueront de se rendre disponibles pour outiller et soutenir l’action des équipes locales et des bénévoles. Elles garderont contact par les divers moyens de communication à notre disposition comme le téléphone, le télécopieur, l’Internet, et la publication L’Église de Gaspé. Dans les secteurs, les pasteurs et les agents et agentes de pastorale jouent déjà ce rôle de former et d’appuyer tous ceux et celles qui sont prêts à prendre des responsabilités dans leur propre communauté. Plus la participation des bénévoles augmente, plus les permanents ont à se faire leurs accompagnateurs. 

 

Quel avenir ?  Un rêve !

 

Quel avenir aura notre Église ? Je vous partage personnellement mon rêve. Je rêve d’une Église de la Gaspésie et des Îles formée de soixante-cinq communautés témoins de Jésus où, partout, la Parole de Dieu est annoncée et approfondie par différents groupes de fidèles, où l’Évangile est enseigné tant à des jeunes qu’à des moins jeunes, chaque année. Je rêve de communautés où, chaque jour, la cloche de l’église sonne et un certain nombre de fidèles se rassemblent pour prier. Je rêve de communautés qui mettent sur pied des services pour apporter aide et réconfort aux malades, aux personnes seules, à ceux et à celles qui sont dans l’épreuve. Lorsqu’une communauté est trop petite, elle se regroupe avec d’autres communautés voisines pour se donner ensemble les mêmes services de soutien à la vie chrétienne.

 

Je rêve aussi de communautés ouvertes aux jeunes générations, qui leur font de la place, qui cherchent à répondre à leurs questions et à leurs besoins concrets  et qui acceptent même que leur présence dérange des habitudes acquises s’il le faut ! Pour cela on prendra des dispositions concrètes : places réservées pour eux dans des conseils, des équipes et comités, des célébrations organisées par des plus jeunes, des mouvements, des camps, pour ne mentionner que ces types d’activités.

 

Je rêve enfin de communautés qui se préoccupent de leur avenir en développant une culture renouvelée de la vocation chrétienne et qui lancent régulièrement l’appel de Jésus à certains et à certaines d’entre eux pour assumer telle ou telle responsabilité particulière. Chez quelques-uns, comme Jésus encore, on discernera parfois les charismes requis pour des engagements permanents : agents ou agentes de pastorale, diacres, prêtres, religieuses et religieux, missionnaires.

 

Conclusion

 

Dans cette toute première lettre pastorale, je vous ai fait part de ma foi et de mes rêves et aussi de quelques convictions pour assurer la vitalité et l’avenir de notre Église. Je vous ai partagé mon enthousiasme pour construire ce nouveau visage d’une Église  plus humble, plus faible, mais peut-être devenue plus fraternelle et témoin de ces valeurs que Jésus est venu nous communiquer.  Il nous a révélé que Dieu nous aime comme un Père et que nous devons vivre ensemble comme des frères et des sœurs appelés à partager la même vie en plénitude.

 

Je souhaite que, dans chaque communauté, de plus en plus de personnes s’affirment comme disciples de Jésus et consacrent du temps et de l’énergie pour rendre notre Église plus vivante, plus signifiante, plus fraternelle.

 

De tout cœur, je demande au Seigneur de marcher avec nous sur la route de nos engagements et de nous combler de ses bénédictions.

 

 

   † Jean Gagnon

    Évêque de Gaspé

 

               Gaspé, le 4 novembre 2003