C’est celui qu’effectuera le pape Léon XIV du 27 novembre au 2 décembre 2025 en Turquie et au Liban, comme l’a confirmé le 7 octobre dernier le bureau de presse du Saint-Siège. Pourquoi la Turquie et le Liban pour ce premier voyage apostolique ?
Tout d’abord, la première étape, du 27 au 30 novembre, en Turquie, revêt une importance symbolique. Son prédécesseur, François, bien qu’affaiblit envisageait également de se rendre en Turquie, précisément à Iznik, pour la commémoration du 1700e anniversaire du Concile de Nicée.
Ce voyage n’est pas simplement une démarche de continuité, mais il est surtout un pèlerinage. En effet, Iznik, est un haut lieu du christianisme. Il s’appelait Nicée au IVe siècle. C’est précisément à Nicée que s’est tenu le premier Concile œcuménique de l’histoire du christianisme, en l’an 325. Ce concile, convoqué et payé par l’empereur Constantin, a marqué un tournant décisif dans l’unification doctrinale de l’Église, notamment à travers l’adoption du Credo de Nicée, que nous professons lors de nos célébrations eucharistiques.
Au cœur de ce concile se trouvait la question que le Christ posa à ses disciples à Césarée-de-Philippe : « Aux dires des gens qui est le fils de l’homme ? (Mat 16, 13-15) ». Nous savons bien qu’à cette question le Christ ne se contente pas seulement d’une réponse générale copiée à d’autres2 comme le précise l’affirmation de l’apôtre Pierre dans la suite du récit… Il s’agit plutôt de ce que chaque individu pense de lui.
Plusieurs années après la résurrection et l’ascension du Seigneur, cette question fut au cœur d’une incroyable polémique, alimentée par des spéculations des théologiens et exégètes de l’Antiquité concernant la véritable nature du Christ. Pour apaiser ces tensions et renforcer son autorité sur l’ensemble de l’Empire romain, l’empereur Constantin en fit une récupération politique3. Il convoqua le Concile de Nicée, près de sa résidence impériale.
Ce concile aboutit à l’élaboration du Credo de Nicée, qui a été complété dans un autre concile, celui de Constantinople. Ainsi le credo que nous proclamons est dit Nicée Constantinople auquel tous les chrétiens adhèrent et attestent leur foi. Un texte à s’approprier et à méditer constamment. C’est également à Nicée que fut consolidé l’Édit de Milan, publié par l’empereur Constantin en 313. Ce décret mit fin aux persécutions sanglantes contre les chrétiens. Grâce à cet édit, les chrétiens obtinrent la liberté d’exercer leur religion et de rendre un culte à leur Dieu, au même titre que tous les citoyens romains.
En choisissant de se rendre par la suite au Liban pour ce premier voyage apostolique, le pape Léon XIV affirme résolument sa préoccupation pour la paix dans le monde. Une partie du pays voisin, la Palestine, en particulier la région de Gaza, est meurtrie par une violence absurde.
Le Liban lui-même ne s’est pas encore remis de la catastrophe du 4 août 2020, laquelle a fragilisé le pays. La présence du pape à ce moment au Moyen-Orient est un geste de consolation et de réconfort. C’est aussi un message fort de la part du successeur de l’apôtre Pierre pour la paix dans le monde. Heureux les artisans de paix…c’est ultimement l’expression de la proximité du pape pour les faibles. Nous voilà en pleine continuité de l’option préférentielle pour les pauvres si chers à François. Ainsi le pontificat se confirme…
Michel Bokwala, D.P., chancelier